Éditorial de Daniel Lossky,
professeur à l'Institut
La clôture de cette première session
de l’année académique 2012-2013 coïncide avec l’accomplissement des solennités
pascales et avec la célébration de la Pentecôte. Nous entrons maintenant dans
une nouvelle ère, celle de l’effusion de l’Esprit. Par la manifestation de
l’Esprit dans le monde, la joie pascale se fait plus intérieure, mais elle est
appelée à rayonner autour de nous. La réception et l’appropriation du don de
l’Esprit fait de chacun de nous des christs – des messies, des oints –, consacrés pour faire
entrer la création entière dans la vie de l’unique Christ, « à la gloire de
Dieu le Père » (Ph 2,11).
Comme l’explique le père Grégoire
Papathomas, ce mystère de l’incorporation au Christ s’identifie avec le mystère
de l'Église qui est à la fois attente et anticipation du Royaume. L’entrée dans
l’histoire humaine d’une réalité qui la transcende devient source de témoignage
et d’unité. Elle permet de « rassembler les enfants de Dieu » qui,
sans elle, sont « dispersés » (Jn 11,52). Cela implique une structure
de l’assemblée qui vit de cette unité et, par-là, en fait une image (ou icône)
des réalités à venir.
De plus, dans son habilité à nous
introduire dans ce mystère, l'Église, en faisant succéder à la Pentecôte la
mémoire de tous les saints, établit un lien direct entre l’accomplissement de
l’œuvre de salut du Christ et la vocation de sainteté de tout homme. Comme le
rappelle l’Apôtre, Dieu « veut que tous les hommes soient sauvés et
parviennent à la connaissance de la vérité » (1Ti 2,4), cette
vocation d’entrée dans la vie divine ne connaît donc pas de limites, bien que,
pour assurer sa pérennité dans le temps et la société, l'Église se soit dotée
de frontières visibles. Jean Hamblenne propose donc ici de méditer sur une
figure de sainteté, saint Arnould le Fort, qui s’est manifesté dans un contexte
ecclésial discutable du point de vue des frontières de l'Église, dans le sens
le plus strict que l’on peut donner à celles-ci.
L’avènement de l’Esprit qui ouvre à
tout homme la possibilité d’être éclairé par le Christ, replace ainsi devant
l’une des tâches majeures de la théologie : par le don de la liberté qui
découle de la communion au Christ, les croyants sont rendus responsables de se
mettre à l’écoute du monde, si déchu et révolté soit-il, pour sans cesse
l’abreuver de l’eau vive de l’Esprit dont il est secrètement assoiffé.